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TOM - INTERVIEW Après vous être copieusement
insultés par presse interposée pendant des années,
voilà que Slayer et Sepultura tournent en co-tête d'affiche.
Vous avez vraiment enterré la hache de guerre ?
Nous nous entendons bien, pas de
problème. Disons que la presse anglaise est certainement l'une des
principales raisons de notre mésentente parce qu'elle a l'habitude
de sortir certains propos de leur contexte afin de faire dans le sensationnel
pour augmenter son tirage. On nous a un jour demandé ce que
nous pensions de Sepultura, que tout le monde s'accordait à comparer
à un "baby Slayer", et nous avons donné notre avis franchement.
Sepultura a lu nos commentaires qui n'étaient guère flatteurs
et Max Cavalera a commencé à nous casser en nous traitant
de satanistes et de nazis à la con... Mais pendant toutes ces années,
nous ne nous connaissions même pas personnellement. |
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J'ai rencontré
Andréas Kisser pour la première fois il y a deux ans, nous
avons mis les choses au point et, après avoir participé ensemble
au OzzFest l'année dernière, Slayer et Sepultura ont décidé
d'un commun accord de partir en tournée ensemble. N'y a-t-il pas eu des tiraillements
pour savoir qui jouerait en tête d'affiche ?
(Rires) Sepultura se serait bien
vu en tête d'affiche dans certains pays où le groupe a vendu
plus d'albums que nous.
Que ce soit tes lyrics qui parlent
de tueurs en série et de meurtres, ceux de Kerry qui a écrit
trois titres satanistes sur Diabolus... ou ceux de Jeff qui est fasciné
par la guerre, on ne peut pas dire que Slayer fasse dans la dentelle. En
général,
quand des musiciens composent des lyrics torturés
et violents, c'est pour essayer de venir à bout de traumatismes
qu'ils ont vécu, enfant ou adolescent. Est-ce votre cas ?
Comme tout le monde, j'ai connu
des hauts et des bas dans ma vie mais rien d'extraordinaire. Ni Jeff, ni
Kerry, ni moi n'avons jamais eu de problèmes personnels particuliers.
Les sujets que nous abordons dans nos textes sont des choses qui nous intéressent,
c'est tout. Il n'y a rien à analyser. Nous sommes des gens équilibrés.
Pendant quatre ans, tu as travaillé
au service respiratoire à l'hopital. En quoi cette expérience
a-t-elle changé ta vision de la vie ?
Je travaillais principalement avec
des patients souffrant de problèmes comme l'asthme ou l'emphysème.
Mais j'ai aussi assisté à des opérations à
coeur ouvert ou sur des personnes blessées par balle. Ces quatre
années n'ont pas eu une grande influence sur ma façon d'être
mais m'ont appris la compassion.
Drôle de mot dans la bouche
de quelqu'un qui se passionne pour les serial-killers !
Mais voyons, je peux mettre beaucoup
de compassion dans ma façon de chanter (rire sarcastique) !
Comment es-tu si bien parvenu à
te mettre dans la peau de Ed Gein et Jeffrey Dahmer, les deux tueurs en
série dont tu parles respectivement dans "Dead Skin Mask" et "213"
Principalement en lisant de nombreux
ouvrages sur la psychologie des psychopathes et des serial-killers. Quand
j'en suis suffisamment imprégné, il se passe en moi un déclic
et je deviens quelqu'un d'autre. J'arrive à pénétrer
leur personnalité, comme certains acteurs habités par leur
personnage, et, je le pense, à penser en partie comme eux. Mais
ce n'est pas pour autant que j'irais buter quelqu'un. Comme tout le monde,
ça m'est arrivé de me dire que je descendrais bien certains
connards mais la peur d'aller en prison, voir d'être à mpn
tour exécuté, est trop forte. C'est un excellent garde-fou
pour la plupart d'entre nous.
Vue la violence de vos lyrics, ne
craignez-vous jamais que certains de vos fans plus impressionnables que
d'autres ne vous prennent au pied de la lettre ?
C'est le risque mais je crois que
contrairement à ce que beaucoup pensent, les fans de Slayer sont
plus futés qu'on ne le dit (rires) ! Ils aiment l'énergie
et se défouler. Mais je connais l'influence que nous avons sur eux
et c'est la raison pour laquelle je préfère ne pas trop parler
sur scène de peur que certains ne fassent des conneries...
Ce qu'il y a de surprenant chez
toi, c'est que l'on ne s'attend pas à ce que tu sois aussi cool
dans la vie quand on te voit sur scène. Tu es un peu schizophrène
?
On me le dit à chaque fois
(rires) ! Moi-même, je ne peux pas vraiment expliquer l'énergie
qui me submerge quand je monte sur scène. Même quand je suis
fatigué et que j'ai peur de ne pas assurer, je suis véritablement
possédé dès que je pénètre dans la salle
et que j'entends les fans qui exultent. C'est un excellent exutoire pour
tout le monde, musiciens et spectateurs.
Contrairement à certains
groupes qui multiplient les apparitions en guests sur les albums de leurs
collègues, les musiciens de Slayer sont avares en participations
extérieures. Qu'est-ce qui vous a amenés à sauter
le pas en enregistrant "Disorder" avec Ice-T sur la B.O. de Judgment Night
(93) et "No Remorse (I wanna Die)" avec Atari Teenage Riot sur celle de
Spawn (97) - dans les deux cas des artistes n'ayant qu'un lointain rapport
musical avec Slayer ?
Au départ, quand on nous
a proposé de bosser sur un titre avec Ice-T, on n'était pas
transportés mais dès qu'on s'est rencontrés, ça
a bien collé entre nous. Nous nous sommes très bien entendus,
d'autant plus qu'avec Body Count, Ice a une approche metal de la musique
et l'enregistrement c'est très bien passé. Quant à
Atari Teenage Riot, on en avait pas vraiment entendu parler et en fait,
on a bossé de notre côté avant de leur envoyer un DAT
sur lequel ils ont bidouillé. Le morceau est sympa mais pour nous,
ça reste anecdotique. Dans l'ensemble, les groupes qui nous proposent
d'apparaître en guests sur leurs albums sont trop proches de la musique
de Slayer pour que cela présente le moindre intérêt
pour nous.
Apparemment, chez Slayer, le tabouret
de batteur est du genre éjectable. Pensez-vous être arrivés
à une certaine stabilité avec Paul Bostaph ?
Apparemment, il est très
heureux chez Slayer et nous, nous n'avons que du bien à dire de
lui. Quand il est arrivé en 92, on entendait partout "comment va-t-il
parvenir à remplacer Dave Lombardo?" Pas de problème, non
seulement il l'a bien remplacé mais il l'a fait oublier ! Dave était
bon mais Paul lui est techniquement supérieur.
Dans ce cas-là, si vos relations
sont aussi idylliques, pourquoi a-t-il quitté le navire pendant
un an et demi ?
Depuis toujours, Paul joue du thrash
et même si c'est ce qu'il préfère, il a d'autres centres
d'intérêts musicaux. Il se sentait bien chez nous mais voulait
se réaliser pleinement en bossant sur un autre projet. Il l'a fait,
il a enregistré un album... et il est revenu ! Tant mieux car avec
Dette, ça ne collait pas du tout.
A l'époque, le bruit a couru
que Lombardo pourrait réintégrer Slayer...
Nous n'y avons jamais pensé,
même pour plaisanter (rires) ! Pour nous, il n'a jamais été
question l'espace d'une seconde que Dave revienne. On lui a donné
sa chance une fois mais aujourd'hui, il appartient à notre passé.
Il nous a suffisamment pris la tête avec sa femme, qu'il la garde
pour lui tout seul, on la lui laisse (rires) ! La vie d'un groupe est déjà
suffisamment compliquée comme ça pour ne pas rajouter de
galères supplémentaires de nana qui s'incruste !
Justement, pendant longtemps, il
a été de notoriété publique que Slayer était
le seul lien qui vous unissait, Jeff, Kerry et toi, et que vous ne vous
fréquentiez pas en dehors du groupe. Est-ce toujours le cas ?
Non, nous sommes beaucoup plus
proches les uns des autres depuis quelques années. Nous avons gagné
en sérénité et même si nous avons des passe-temps
différents, il nous arrive de nous retrouver pour boire de la bière
et regarder des matches à la télé.
Quatre années se sont écoulées
entre la sortie de Seasons In The Abyss et Divine Intervention, à
nouveau pas loin de quatre ans entre ce dernier et Diabolus In Musica.
Quatre, c'est devenu votre chiffre fétiche ?
Mais non voyons, notre chiffre
fétiche, c'est le 666 (hurlement de rires) ! C'est du moins
ce dont sont persuadés beaucoup de gens qui continuent à
nous prendre pour des satanistes... C'est vrai que quatre ans, c'est vraiment
long et on fera tout ce qui est en notre pouvoir pour que le prochain Slayer
ne sorte pas en 2002. Mais dans les deux cas, ce sont les impondérables
qui nous ont retardés: changements de batteurs, galères avec
la maison de disques, tournée - quand même ! Et puis je reconnais
que nous avons eu du mal à nous mettre en branle pour commencer
à travailler à l'heure...
Avez-vous déjà pensé
au jour où vous arrêterez Slayer ?
Non, franchement et ça ne
nous vient même pas à l'idée. Nous avons encore de
belles années devant nous, il ne faudrait pas chercher à
nous enterrer trop rapidement (rires) ! Le meilleur reste à venir.
Le 31 décembre, à
Phoenix, vous ouvrirez, aux côtés de Pantera, Soulfly et Megadeth,
pour Black Sabbath reformé qui donne le coup d'envoi de sa tournée
mondiale. Alors, heureux ?
C'est vraiment cool, nous aimons
beaucoup Black Sabbath. Nous sommes très potes avec Pantera et Soulfly,
donc ça va être la fête. Par contre, je ne vois pas
trop ce que Megadeth vient foutre là. Friedman (le soliste) et les
autres sont des mecs sympa et de bons musiciens mais non seulement Mustaine
est une pauvre tache mais en plus, il fait de la soupe ! D'ailleurs, il
y a quelques mois, j'ai passé la cassette de son dernier album sur
mon autoradio et il a bouffé la bande ! Même lui trouvait
ça à chier (hurlements de rires) !
HR Janvier 98 - Laurence Faure |